IDÉES FAUSSES SUR
LA VIANDE ET LES PROTÉINES
...Mon opérateur téléphonique veut me récompenser de ma fidélité : comme ça fait 10 ans que je suis chez eux, il m'envoie un cadeau. Je reçois une sorte de carnet de chèques, dans lequel je peux choisir une activité, que je dois ensuite de localiser sur Internet pour prendre rendez-vous. Mon choix s'arrête sur une séance de massage. Reste après à déterminer s'il s'agit d'un massage de pieds, de visages... Ne connaissant pas les Instituts proposés, et comme j'arrive à la fin de la validité de l'offre, je me rabats sur l'institut "Hyperminceur", sans trop savoir où je mets les pieds. La fille au téléphone me parle d'un bilan d'une heure... J'y vais à reculons, en me disant qu'au pire, ça fera toujours un article pour le site !
Et me voilà reçu par une femme en blouse blanche. Mais elle n'est pas médecin ; au mieux, elle a un diplôme d'esthéticienne. Ce qui ne l'empêche pas de me poser des questions sur mon alimentation et donc de se poser en juge ! C'est vrai que je suis une cliente particulière : je ne suis pas là pour mincir ! Je ne suis pas en attente de la bonne parole. Et deuxième écueil, la nutrition fait partie de mes dadas. Je découvre à quel point ce marché de la minceur me fait horreur ; il me faut beaucoup d'effort pour contenir mon rejet et poursuivre ce bilan, dont le but est de renforcer le besoin de mincir en renforçant mes complexes, voir en les créant s'il le faut !
- Vous mangez équilibré ?
- Oui, d'autant que je suis végétarienne.
- Vous ne mangez pas de viande ! Et les protéines ?
- Quoi les protéines ?
- Il faut manger de la viande, ou alors du poisson, des produits laitiers, des oeufs...
- ...
- Pour éviter les carences.
- Vous connaissez les protéines végétales ?
Elle a bien appris sa leçon sur les "protéines". Mais là elle se retrouve en terrain inconnu. Finalement le bilan aura duré un quart d'heure au lieu de l'heure annoncée. Elle doit se sentir frustrée de ne pas m'avoir communiqué son savoir. Mais qui lui a appris ?
Il faut dire qu'on assiste à un véritable matraquage marketing sur les protéines, comme sur le calcium d'ailleurs ! Même les milieux médicaux diffusent ces croyances, qui en vérité ne sont basées sur aucune preuve scientifique sérieuse. Et dans un leitmotiv où "plus serait toujours mieux". Même pour le système économique le "plus" n'est pas forcément rentable. Comme pour une voiture, une fois que vous avez fait le plein, ça ne sert à rien de continuer à remplir le réservoir en espérant que votre voiture roulera plus vite. Il suffit de donner le bon carburant, dans la quantité indiquée. Pour le corps humain, il semblerait que ça patauge côté connaissances sur nos besoins tant au niveau qualitatif que quantitatif. D'où un replis sur des connaissances simplistes.
Et les mauvais plis qui en résultent résistent aujourd'hui au bon sens et aux résultats de recherches scientifiques indépendantes. Encore aujourd'hui, de nombreux médecins généralistes conseillent de manger de la viande deux fois par jour. Et rares sont ceux qui réagissent positivement quand vous déclarez que vous êtes végétariens. Essayez, vous verrez ! Quant aux nutritionnistes, qui souvent ne sont pas médecins, ils ne sont pas plus au fait de notre mode d'emploi alimentaire.
Du vécu : il fut un temps lointain où je subissais des déséquilibres alimentaires, visibles sur ma silhouette. J'ai fini par consulter une nutritionniste, qui semblait avoir fait ses preuves sur un ami. La consultation était de 200 Francs (30 €), comprenant la pesée, un sparadrap fixé sur mon pied pour connaître la composition de mon poids : eau, muscle, graisse, et des beaux graphiques sur son ordinateur qu'elle m'imprimait. Et la liste de je devais manger désormais. Je tique sur la viande, car déjà à l'époque, je ne mangeais plus de viande. Elle m'encourage vivement à essayer au moins le jambon de dinde, animal qui était supposé moins m'attendrir ! Par curiosité, regardez la composition de ce jambon industriel, tout sauf diététique ! Que ne fallait-il pas ingurgiter pour avoir son quota - soi-disant vital - de protéines (animales) !
Résultat : au bout de 3 séances, soit 3 mois, j'ai perdu 1,5 kilos, en n'aimant pas ce que je mangeais, en ayant l'impression de me priver en permanence, rêvant de gâteaux alors que normalement je n'aime pas ça et le tout pour 600 Francs (90 €). Avec en prime un moral à la hauteur - négative - de cet échec. Sans compter que sur ses recommandations, j'allais faire des battements à la piscine 3 fois par semaine le matin de 7 à 8 heures ! Bienvenue dans le monde des efforts disproportionnés au résultat, voire inversement proportionné !!
Je m'en suis sortie en trouvant moi-même une façon de manger, tout en étant végétarienne, malgré toutes les rumeurs.
Un des arguments des défenseurs de la viande est le risque de carence en fer pour les végétariens. Sauf que les végétariens sont en meilleure santé que les non-végétariens. Et "que la plupart des études portant sur des végétariens montrent qu'ils ingèrent souvent autant, voire davantage, de fer que les non-végétariens, mais que les quantités réellement assimilés sont inférieures. Cependant les teneurs du sang en ferritine (forme de réserve du fer dans le foie) demeurent normales chez les végétariens." (1) Ainsi contrairement à une idée répandue, les végétariens ne sont pas carencés en fer.
L'autre argument : les protéines. Que ceux qui savent ce que c'est exactement se lèvent ! À force de pub approximative, la majorité d'entre nous a retenu qu'il faut manger beaucoup de protéines, et protéines signifiant manger des animaux. Comme une évidence. Mais désolé, c'est faux, voire dangereux pour la santé.
En réalité, même si le rôle des protéines est important et varié, sa consommation excessive est néfaste : "la dégradation des protéines donne naissance à l'urée et à l'acide urique. (...) une consommation excessive sollicite le métabolisme hépatique et rénal pour l'élimination. Il en résulte une réaction acide, facteur sous-estimé de la genèse de l'ostéoporose."
L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé ) estime que la quantité indispensable de protéines est de 0,5 g par kg. L'apport moyen en France étant de 120 g par adulte, on peut dire que notre consommation de protéines est deux fois plus grande que les quantités recommandées. Au point de déconseiller les produits laitiers qui augmentent l'excès de protéines, entre autres conséquences que je ne développerais pas ici, mais qui vont à l'encontre de la chansonnette rabâchée à la télé les produits laitiers sont nos amis pour la vie, les produits laitiers...
Diminuer les protéines animales serait donc un plus pour la santé, c'est-à-dire diminuer sa consommation de viande, mais aussi de produits laitiers, d'oeufs, de poissons. De poissons ? Consternation ?! D'accord, manger du poisson est bénéfique, surtout le poisson gras pour les fameux oméga 3. Seulement "bénéfique mais non indispensable, car, (...) il existe de bonnes sources végétales d'oméga 3." Et à condition qu'il ne soit pas en voie d'extinction pour cause de pêche excessive, ou pollué.
Mais que nous reste-t-il à manger ? Et où va-t-on trouver les protéines dont on a besoin ? Savez-vous que notre mode alimentaire actuel est très récent. Il a commencé à s'implanter dans les années 50, pour s'installer dans tous les foyers dans les années 70. On parle d'un mode alimentaire à dominante carnée, signifiant de la viande à tous les repas, se décomposant d'un hors d'oeuvre, d'un plat de résistance, de fromage & pain, et d'un dessert sucré. Les végétaux étant considéré comme un accompagnement voire une décoration. Concernant le petit-déjeuner, ceux de ma génération nés au début des années 70, ont pu constater le passage de la tartine aux céréales & lait parfaitement inconnus dans mon enfance. Notre alimentation actuelle est donc loin d'être naturelle ou normale comme on pourrait le penser. "Au début du siècle, l'alimentation est alors essentiellement basée sur les céréales et autres féculents, les produits animaux n'étant qu'un appoint réservé au jour de fête." La deuxième moitié de XXe siècle a donc connu un complet bouleversement alimentaire, que nos grands parents (né au début de ce siècle) peuvent confirmer.
Nos médecins souffrent d'amnésie ou d'ignorance historique. Mais comment en est-on arrivé à penser qu'il fallait absolument de grandes quantités de protéines animales, notamment de la viande rouge ? Peut-être un amalgame entre :
.....- l'idée de richesse qu'inspirait la consommation de viande, puisqu'elle a démarré dans les milieux aisés pour devenir "symbole de réussite et synonyme de force et d'intelligence."
.....- la croyance ancestrale qui supposerait que celui qu'on mange nous transmet sa force telle l'expression fort comme un boeuf.
Et pour pallier notre déficience sur nos connaissances balbutiantes en nutrition, même encore aujourd'hui, encouragée par de gigantesques enjeux économiques.
Longtemps, l'apport en protéines était essentiellement végétal, basé sur les céréales et les légumineuses. Il était de 80% végétal il y a un siècle, il est aujourd'hui de 80% animales.
- Oui mais, il y a un siècle, l'espérance de vie était largement inférieure à aujourd'hui.
Notre gain en espérance de vie n'est pas dû à l'augmentation de consommation de viande rouge. Même si les dates coïncident. Ça serait comme de dire que comme la consommation de cigarettes a augmenté depuis un siècle, fumer des cigarettes est responsable de la prolongation de notre espérance de vie !!
Par contre la consommation excessive de viande a fait augmenter de nombreuses maladies. En effet, la viande favorise les maladies cardio-vasculaires, le cancer du côlon, la goutte, les calculs rénaux, les cancers de l'estomac, du pancréas, de la prostate, des ovaires, du larynx et du sein, le diabète de type 2. Parce que "l'alimentation joue un rôle majeur dans les deux premières causes de mortalité - cancer et maladies cardio-vasculaires. On estime que 35 à 40% des cancers, sont dus à une mauvaise alimentation." Mal manger, c'est comme donner du diesel à une voiture qui consomme du sans-plomb 95 !
L'humain réussit tout de même à avancer avec un régime qui ne lui convient pas, mais il n'avance pas aussi bien. Et si vous changiez de régime ? Car quoi que vous mangiez, il s'agit toujours d'un régime alimentaire. Et si vous essayiez les protéines végétales ? On les trouve dans les céréales, qu'il est important de choisir complètes, les légumineuses, les oléagineux, les légumes. Les quantités peuvent d'ailleurs vous surprendre : par exemple, il y a plus de protéines dans le soja ou les légumes secs que dans la viande. Seulement la qualité des protéines végétales est différente, et ses nutriments d'une qualité largement supérieure. Les protéines végétales ont un rôle protecteur contre les maladies cardio-vasculaires, contre les cancers, contre le diabète, un effet favorable sur la densité osseuse, un rôle antioxydant important, un équilibre alcalinisant donc bénéfique, un effet bénéfique sur la flore intestinale. Les protéines animales n'ont aucun de ces avantages.
L'excès de consommation de viande est non seulement dommageable pour notre santé, mais aussi sur notre environnement. "La surconsommation de viande, et surtout celle de veau et de beauf, est responsable à elle seule de près d'un tiers des émissions de l'agriculture" causant l'effet de serre. "Réduire cette consommation est incontestablement la manière la plus simple et la plus économique de réduire notre impact sur l'effet de serre, tout en contribuant à améliorer notre santé." En fait, les protéines animales sont de grandes gaspilleuses de terre, d'énergie et d'eau :
.... - Il faut 250 m2 pour produire 1kg de viande de boeuf (10 m2 pour du soja ou des légumineuses ou des céréales)
.....- Il faut 50 000 l d'eau pour produire 1kg de viande de boeuf en élevage intensif (0 litre pour 1 kg de céréales ou légumineuses). Pour un bifteck de 150 g , on consomme indirectement 10 fois plus d'eau qu'en une journée pour tous les usages domestiques.
.....- L'ensemble des élevages contribue à l'effet de serre pour l'équivalent de près de 48 millions de tonnes de CO2, soit 8% de la totalité des émissions de gaz à effet de serre. Donc en divisant par 2 notre consommation, l'effet de serre diminuerait de 4%. Savez-vous qu'une vache émet l'équivalent de 3 tonnes de gaz carbonique par an ?
Vous ne pourrez pas dire que je me sois économisée en arguments pour le végétal ! Comme vous avez pu le constater, on n'est pas végétarien par hasard. Les végétaux m'ont apporté le plaisir de manger, tout en entretenant ma forme physique et ma silhouette. Mais pour les amateurs de viandes, et de protéines animales, il ne s'agit pas de tout supprimer. Mais de ne plus manger de la viande pour cause de santé mais par goût, par plaisir et en petite quantité. Désormais quand quelqu'un vous annoncera qu'il est végétarien, vous ne vous inquièterez plus de ses carences : il est certainement en meilleure santé que vous.
Un dernier argument pour la route. Avez-vous entendu parler des centenaires d'Okinawa, un archipel du Japon ? Non seulement ils sont centenaires, mais aussi en bonne santé ! Savez-vous qu'ils consomment très peu de viande et ne mangent pas de produits laitiers ! À titre indicatif, la France est l'un des plus grands consommateurs de produits laitiers au monde avec 1litre de lait par jour et par personne... Souhaitez-vous devenir un centenaire en pleine forme ?
Laurence Waki - juillet 2007
NB : Toutes les citations entre guillemets et les données chiffrées sont extraites du livre "Faut-il être végétarien ? Pour la santé et la planète ", de Claude Aubert et Nicolas Le Berre, aux éditions Terre vivant - l'écologie pratique.

À vous de voir :
www.who.int/about/fr
http://terrevivante.org
(1) "Faut-il être végétarien ? pour la santé et la planète", de Claude Aubert et Nicolas Le Berre, aux éditions Terre vivante l'écologie pratique.