MODE DES ANNÉES 80, LE RETOUR

 

...Après quelques semaines de travaux d'embellissement, mon magasin habituel de vêtements a ouvert ses portes. Et là stupéfaction, c'est comme si une machine avait remonté le temps... Alors que nous étions en 2007, je me retrouve dans les années 80, comme si j'étais redevenue une adolescente. Je suis ressortie du magasin pour m'assurer que je n'étais pas victime d'une quelconque hallucination. Non, non tout est réel. Mais je déambule prudemment, menacée de dédoublement de personnalité entre le moi adolescent et le moi adulte.

Il y a encore quelques semaines, les jeans étaient évasés en bas ; certains jeans pat' d'eph' pouvaient nous laisser croire au retour du "flower power", cher à mon enfance, et cher à une certaine conception de la vie, une certaine insouciance où l'économie, le progrès technologique, le confort, seraient au service de tous les humains, qu'il y aurait une conception globale de l'humain et de la nature. Car les années 70 - comme vous pouvez le constater ! - s'apparentaient à un certain fantasme, puisque c'était associé à l'enfance ; je ne l'ai vécu que par flash, j'ai vu la mode des années 70 portée par les adultes autour de moi. Le revival de certains vêtements années 70 avait ce goût, cette excitation de rattraper quelque chose que je n'avais pas pu faire enfant : ça y est j'avais grandi, j'avais accès à ces choses qui ne m'étaient pas abordables du fait de mon statut d'enfant. Voyage à la fois dans l'enfance, et dans les rêves de l'enfant que j'étais, qui rêvais d'être un grand.

Rien de tout ça dans ce revival des années 80. D'abord, aucun fantasme, je l'ai vécu, j'ai pu vivre la mode année 80 ; d'ailleurs mieux que les adultes qui m'entouraient. J'ai le souvenir d'une mode adulte très classique, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes. Je crois que le rapport au vêtement était différent parce qu'aussi les prix étaient différents. Il n'existait pas d'enseigne bon marché mais stylée comme aujourd'hui, Tzara, Pimkie, Etam... On sortait d'une période où il n'était pas rare de se faire faire un vêtement par une couturière, à la façon de. C'était le tout début des pulls Benetton de toutes les couleurs, mais de coupe classiques. Beaucoup plus tard, il y aura Naf-naf. Malgré tout, les vêtements étaient au moins 5 fois plus chers qu'aujourd'hui et le culte des marques quasi inexistant. Il y avait les modèles qu'il fallait avoir mais il était rare qu'on puisse tout avoir, question de croissance aussi !

Il y avait :
- le 501 de Lévis,
- les baskets montantes dites les Américana,
- les Stan Smith, blanches et vertes,
- les converses, de couleurs unies
- les tee-shirt Fruit of the Loom, les seuls à avoir les cols non baillants après quelques lavages !
J'en profite également pour dire que le survêt et les baskets étaient considérés comme ringard et utilisés exclusivement pour les cours de sports ; c'était la durée maximum pour supporter cette tenue, qu'on s'empressait de retirer dès le cours fini.

Et quelques principes :
- pour les filles, le jean se mettait dans la chaussures montantes (bottines, bottes..)
- pour les filles et les garçons, le tee-shirt, la chemise, voire même le pull, tout se mettait dans le pantalon, et l'on blousait le tout !!
Ce qui signifiait que les jeans étaient taille haute, et bas ultra serré.

Et moi qui croyait que ç'en était finit de ces horreurs visuelles !!

Et comme il était très difficile d'avoir le jean, qui reste au niveau du genou après s'être assis, laissant alors apparaître une cloque inesthétique à la place du genou plié, mais qu'il fallait bien quand même pouvoir s'asseoir, un jean d'un genre nouveau est né : le jean " élastiss ".

Le jean "elastiss" permettait au pantalon de rester accroché à la peau, quel que soit le mouvement ; mais avait le désagrément de mettre en valeur le moindre bourrelet, antérieurement masqué pas la raideur du jean faisant corset, qui lissait tout ça ; mais aussi, transformait les très minces en pattes de canari.
Décidément en mode, on ne peut pas tout avoir !

Et pour que le bas soit le plus serré possible, il y avait même une fermeture éclair pour tout de même laisser passer le pied. Je n'ai pas encore vu poindre de fermeture éclair à l'horizon, mais, qui dit revival...

Les années 80, c'est aussi beaucoup de volants, de bouffant chez les filles. Autant le pantalon est serré, autant le reste nous faisait ressembler à des oiseaux prêts à s'envoler. Déjà, j'ai vu sur les portants ces jupes à volants de toutes les couleurs, ces fushias, ces bleus pétants : tout l'attirail pour jouer les pom-pom girls. Pas une manche sans frou-frou...

Mais je crains le pire, pour les hommes, comme pour les femmes : le retour de l'épaulette, dont l'hyper-rembourage nous faisait le buste triangulaire. Revoyez Christine Ockrent, notre présentatrice vedette, qu'un novice en mode des années 80 penserait qu'elle menait en parallèle une carrière de bodybuildeuse. Parce que c'est l'époque de Davina et Véronique, qu'on est censé tous les dimanches faire des bons sur nos parquets aux rythmes endiablés des premières boîtes à musique !

Comprenez que je guette.

Surtout que je ne comprends pas en quoi les années 80 peuvent faire rêver. Bien sûr, il y a eu l'explosion des radios libres, mes réveils étaient remplis d'NRJ, et c'est vraiment l'époque de la libéralisation sexuelle avec l'accès de la contraception à tous, ce qui n'était pas du tout le cas dans les années 70. Mais c'est aussi l'explosion de la publicité : on se rappellera le sensualisme de la pub Gini. Mais c'est là qu'est né le leitmotiv de vendre, vendre, vendre... Le progrès c'est la consommation à tout crin. La publicité est le secteur où il faut être pour s'enrichir. C'est l'apothéose des paillettes, qui vont s'assombrir avec le sida.

Quel parallèle avec aujourd'hui ?
Certains rêvent de retrouver cet idéal d'argent, rêvent de la reprise économique dont l'unique moyen serait la réduction du chômage ; du style on efface tout et on recommence. Sauf que le chômage est justement la conséquence d'une certaine conception de l'économie...
Ce qui pourrait expliquer une certaine nostalgie ?

J'ai remarqué que les revivals nous renvoyaient souvent 25-30 ans en arrière.
Ce serait en fait des souvenirs d'enfance de ceux qui lancent la nouvelle tendance ? Ce serait une réinterprétation donc. Mais pourquoi suivrait-on cette réinterprétation ?
Pourquoi suivre la mode ?
Pour avoir cette impression d'être dans le coup, ou d'être comme tout le monde, de se sentir moins seul, d'appartenir à un groupe, de se sentir en sécurité ?

Avec ce revival, l'occasion m'est donnée de revisiter mes goûts, de voir quels vêtements j'aimais vraiment, et quels vêtements je ne mettrais plus jamais car trop datés pour moi. Je m'aperçois que les vêtements, que j'ai mis par mode, pour faire, voire être, comme tout le monde, avec surtout la grande préoccupation adolescente : être accepté par tout le monde (sauf par les parents !?), que ces vêtements sont devenus immettables pour moi. Les mettre serait comme une régression, comme toutes ces choses de l'extérieur qu'on s'est laissé imposer un temps et dont on a fini par se libérer.

Au contraire, les vêtements qu'on a portés par désir, qu'on choisissait dans le désir d'être bien avec soi, dans le désir d'être soi-même, sont des vêtements qu'on remettra, comme une partie de nous. On se sert de ce qui nous ai proposé pour être nous-même, pour créer sa mode à soi, comme se créer sa vie à soi, selon ses propres choix.

La mode vestimentaire, ce ne serait peut-être pas si anodin que ça... Porter tel ou tel vêtement serait le reflet de notre façon de faire des choix, voire de décider ou d'être décidé par l'extérieur.

Le rêve de tout créateur n'est-il pas que ses créations soient librement acceptées, que ses créations deviennent l'intimité de quelqu'un d'autre. Mais quand la mode n'est pas création, quand la mode c'est créer de l'éphémère, pour vite remettre un autre produit sur le marché, pour encore le vendre presque déjà démodé. Que ce soit pour les vêtements ou les produits technologiques. Ce n'est plus l'expression d'un désir qui colle à une période particulière. C'est la révélation d'une peur de n'avoir jamais assez, de gagner toujours plus d'argent, qui fait que la mode doit être suivi avec prudence au risque de se perdre dans le rythme infernal de la recherche de profit à très court terme. Par forcément à notre propre profit d'ailleurs.

Dans ce dédale de mode factice, dans ce revival des années 80, je laisse à d'autres les jupes à frou-frou, les jeans hyper serrés, les motifs Burlington pour les pulls et chaussettes. À ce propos, pour reconnaître les vraies chaussettes Burlington, il faut les retourner : si pleins de fils pendouillent, ce sont des fausses !

Par contre, je veux bien revoir les jeans déchirés. J'ai le souvenir de ces déchirures au niveau des fesses qui rendaient les garçons si sexy...
Et ça croyez-moi, ça part d'un vrai désir !!

Laurence Waki - avril 2007