LES FAUSSES NOUVELLES DU JT
(JOURNAL TÉLÉVISÉ)
.....Je ne sais par quel hasard, mais on a oublié d'éteindre la télé après le film. C'est maintenant le journal, avec sa succession de grands titres. Nous sommes saisis d'effroi. Le monde est ici un drame monstrueux. On avait oublié tout ça. Nous étions totalement désintoxiqués de ces rituels des infos à la télé. Imaginez le choc, telle une explosion dans un lieu d'extrême silence. Toute cette violence.
Nous voilà à chercher ce qu'on pourrait faire pour se nettoyer la tête. Car avec toutes ces horreurs, ça nous retire même l'envie de faire l'amour. On zappe frénétiquement pour chercher une débilité, histoire de se fatiguer pour réussir à s'endormir et éviter que le cerveau se mette à s'emballer à coup de pourquoi... pourquoi cette cruauté, pourquoi cette guerre, pourquoi cette catastrophe, pourquoi cette injustice...?
Ne se serait-il rien passé de bien ces dernière 24 heures ? D'après les nouvelles du Journal, pas de bonnes nouvelles ! Comme si les bonnes nouvelles ne faisaient pas partie de l'information ! Et voici que se pointe l'étendard de l'objectivité pour justifier ce flot d'évènements déprimants. Le négatif serait la réalité, en informer la population serait faire preuve d'objectivité. N'est-ce pas plutôt faire primer une conception pessimiste de la vie ?
Mais qui dit conception, dit subjectivité. En réalité toutes ces informations précèdent d'un choix, où la recherche d'audimat biaise l'impartialité. Qui ne s'est pas fait avoir à suivre les rebondissements d'un fait-divers macabre. Je me souviens de "l'affaire du petit Grégory" : tous ces épisodes qui scotchaient les gens à leurs postes, au cas où des détails encore plus macabres seraient montrés.... Les nouvelles négatives, et plus encore les nouvelles catastrophiques, frappent les esprits, racolent avec succès un grand nombre de gens.
Mais telle une drogue, il y a de redoutables effets secondaires : sentiment d'impuissance, immobilisme, aquoibonisme, sans compter la mauvaise conscience de constater notre irrésistible voyeurisme malsain. Je me souviens d'images dramatiques, inoubliables : un vieillard qui se fait couper la main par le régime des talibans, où j'ai pu voir le procédé où la main était brûlée avant d'être amputée ; cette fillette prisonnière de la boue, en train d'être lentement engloutie en directe sous nous yeux ; et ces images en boucle des collisions entre avions et grattes ciel un certain 11 septembre. Des images traumatisantes. Mais est-ce de l'information ? En quoi ces images sont-elles utiles ?
Ces images suscitent des réactions primaires de haine, montrent l'autre en ennemi potentiel, parce qu'elles sont simplistes, n'expliquent rien. Mais elles font de l'audience. L'apocalypse serait plus vendeur que le paradis.
Vendeur mais pas vraiment profitable individuellement. Ce serait plutôt la recherche du paradis qui nous pousserait à agir. "Y a de la joie" titrait le Monde 2 en décembre 2006, pour nous présenter deux diffuseurs de bonnes nouvelles :
1- Pas forcément des bonnes nouvelles, mais déjà des informations stimulantes, proposées l'agence "Graines de changement". Sa créatrice, Élisabeth Laville avait d'abord créé un cabinet-conseil spécialisé dans les questions de développement durable, Utopie. Cette activité lui apportant un tas d'infos, elle crée une agence d'information qui diffuse ces infos teintées "environnement".
2- Christian de Boisredon, qui a créé un prix récompensant les journalistes porteurs de nouvelles qui font avancer la planète. En ligne directe avec sa propre expérience d'un tour du monde réalisé pour rencontrer ceux qui avancent et font avancer.
Mais le journal semble s'emmêler les crayons entre bonnes nouvelles, sujets optimistes, nouvelles positives, informations porteuses de solutions, termes qui ne sont pas équivalents, sauf de subir le même dénigrement.
Est-ce vraiment être optimiste que de traiter l'actualité dans son intégralité ? Pourquoi les informations officielles et populaires sont-elles nettoyées d'une partie de leurs composantes pour ne transmettre que le drame. Il ne devrait pas y avoir d'un côté les bonnes nouvelles et de l'autre les mauvaises nouvelles, car la réalité n'est pas noire ou blanche. Ce nettoyage devrait plutôt être qualifié de fausses nouvelles.
Donc encore aujourd'hui, on dirait que l'autre partie de l'information, supposée moins vendeuse, est étiquetée bonnes nouvelles au lieu de reconnaître qu'il s'agit tout simplement d'une partie de l'information. À défaut de ne pouvoir atteindre l'inaccessible objectivité, pas forcément souhaitable d'ailleurs, informer ne serait-il pas justement transmettre un nuancier de nouvelles. Tout simplement faire preuve d'honnêteté avec la réalité.
Mais là vous vous dites : mais elle est où la bonne nouvelle dans votre article ?
Justement cela concerne l'information ! Selon un sondage de la SOFRES , 41% des Français souhaitent un traitement de l'information dans les médias moins négatifs. Cette information, que je qualifie de bonne nouvelle, est extraite du livre "Bonne année dernière - petits ou grands évènements positifs de l'année 2006", recensant des articles parus dans la presse écrite ; beaucoup d'articles à tendance écologique, l'agence "Graines de changement" a certainement eu son influence.
Par contre, c'est une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui pensaient avoir trouver un bon créneau rentable dans la noirceur !
Laurence Waki - Août 2007
À vous de voir :
- www.grainesdechangement.com
- www.reportersdespoirs.org
- "Bonne année dernière - petits ou grands évènements positifs de l'année 2006", Martiens éditeur / Studiolo éditions
