DIAGNOSTIC DE POMPIERS
...On va toujours à deux chez le coiffeur, mais c'est toujours lui que se fait coiffer !
- J'ai froid.
Tout autour de nous c'est la valse des sèche-cheveux, les ciseaux s'activent, la température doit facilement talonner du 25° C.
Et voilà mon chéri qui frissonne.
- Je ne vais pas pouvoir rester...
On s'approche du comptoir des rendez-vous pour signaler notre départ. Quand d'un seul coup il s'écroule. Tout se concentre à cet instant. Surtout le retenir, l'empêcher de tomber. Un siège arrive, l'asseoir, le tenir...
- Appelle vite les pompiers !
Tout semble figé autour de nous, les sons déformés.
- Il respire ?
- Oui il respire.
Aux aguets. Je vois entrer dans mon champ un type en bleu et rouge. Mon chéri reprend connaissance. Le champ s'élargit.
- ça va ? demande le type.
- M'allonger... mâchonne mon chéri.
- Il dit qu'il veut s'allonger...
- Je le tiens, me dit le type en bleu et rouge. Cette fois, j'identifie le pompier. Je le vois transpirer à grosses gouttes. Il est en pull en plein été.
Mon chéri est allongé. Il reprend des couleurs. Comme le pompier qui est de plus en plus rouge. Il lui prend la tension.
Un autre pompier s'approche de moi.
- Il est resté inconscient combien de temps ?
Mon regard interrogatif balaie tous les regards.
- Pas longtemps.
- Non, pas longtemps, confirme la coiffeuse.
- Moins d'une minute, ou plus d'une minute ?
- Moins d'une minute, avance la coiffeuse
- En tout cas pas tellement plus, selon le coiffeur.
- C'est important, il faut savoir, me dit sévèrement le pompier.
Quelle responsabilité ! J'ai l'impression que c'est une question de vie et de mort. Tout s'est passé si vite. Mais en même temps j'ai l'impression que ça a duré une éternité. Mon regard se fraye un chemin pour trouver mon chéri. Il va bien. Il me sourit.
- Moins d'une minute, je réponds.
L'étreinte se dessert, tout le monde se relève. Le champ s'élargit à l'extérieur. Mais ma gorge est nouée.
Tout le monde remballe.
- Tu lui fais remplir le papier, dit celui qui doit être le chef.
Un tout jeune arrive avec un papier à la main. C'est une décharge. Seulement il semblerait que c'est la première fois qu'il doit écrire le prénom "Bertrand". Je crois que ça a fini en "Bertont".
- On peut y aller, dis-je avec une anxiété mal dissimulée .
Le pompier assigné à la décharge, nous quitte. Je me demande comment son papier pourrait nous identifier au cas où ? Mais j'ai d'autres problèmes pour l'instant. Ma gorge est de plus en plus serrée, je scrute les moindres mouvements de mon chéri pour me rassurer. Oui c'est assurément moins d'une minute. Oui, oui. Sinon il ne serait pas comme ça...
La tête commence à me tourner. Les coiffeurs sont sur leur garde. On remercie tout le monde.
- J'ai rien senti, s'étonne mon chéri. Je me suis vraiment écroulé ?
- Oui, oui...
- ça va pas bien, toi.
- ...
Et mon chéri de me soutenir pour rentrer à la maison.
Après, je ne me souviens de rien.
Laurence Waki - juin 2007