CITÉ DE L'ARCHITECTURE
ET DU PATRIMOINE

 

...La presse est dithyrambique sur ce nouveau musée, la Cité de l'architecture & du patrimoine, plus exactement un réaménagement de l'ancien Musée des Monuments français. "Métamorphosé", "le nouveau palais de Chaillot impressionne", "un résultat bluffant", "un lieu extraordinaire"... on me promet qu'au sortir de ma visite, j'aurais tout compris de l'architecture. Mazette !

Je connaissais déjà le Musée des Monuments français. J'ai le souvenir de ces morceaux d'architecture, des tombeaux, des colonnes, de tous ces moulages hétéroclites, rassemblant statuaires et portiques, qui avaient quelque chose de poussiéreux... un peu comme au Louvre au temps - je n'étais pas née ! - où les murs fourmillaient de tableaux, sans réelle logique.

Allons découvrir ce joyau !
Nous voici, ce premier dimanche du mois, donc à entrée gratuite, à faire la queue à Chaillot. Je prends mes premières photos.
- Les photos sont interdites dans l'enceinte du musée.
C'est dit aimablement, mais la restriction ne m'est pas sympathique. Je comprends aisément que pour certaines oeuvres, l'usage du flash puisse abîmer, comme à Branly par exemple, mais là il s'agit de moulages, de maquettes... Le musée aurait quelque chose à cacher ? Ou a-t-on peur que mes photos fassent concurrence aux cartes postales en vente dans le musée ? Vous n'aurez donc pas de photos de l'intérieur du musée.

On nous dirige vers la galerie des peintures murales et des vitraux, car l'entrée par la galerie des moulages est encombrée. Malgré la gratuité, il faut quand même faire déchirer un bout de son ticket ; au cas où peut-être on aurait pris un ticket et qu'on serait reparti en changeant d'avis, ne pouvant ainsi être comptabilisé en visiteurs !?... Un dernier coup d'oeil dans le hall, on voit la librairie, le vestiaire, mais pas d'audioguide. Dommage.

La galerie des peintures, c'est en haut. Nous avons affaire à des copies, réalisées entre 1937 et 1970, retraçant l'évolution du patrimoine de la peinture murale du XIIe au XVIe siècle. Une ambiance intime. Mais c'est comme si on entrait dans un décor de cinéma : on ne sait si on regarde la qualité de la copie et le talent du copiste, ou l'oeuvre originale reproduite. Ce qui est troublant, c'est de voir que l'imitation provoque un déplacement de frontière entre le vrai et le faux. Par contre, on erre dans les salles sans sentir une évolution architecturale. Mais on passe beaucoup de temps à chercher de quel côté aller ; parfois on croise des flèches minuscules, mais le sens de la visite reste à deviner.

Pour les néophytes que nous sommes, sans explications, toutes ces peintures se ressemblent. Nous voyons beaucoup de représentations religieuses. Mais nous ne trouvons rien sur le contexte, l'histoire du dessin et des couleurs, les matières utilisées, tel un rapide topo qui donnerait un repère, des informations sensibles, nous permettant de comprendre sans pour autant devoir lire des grandes fiches explicatives.

Voilà que ça fait trois fois qu'on repasse là. On est perdu ! En plus, on n'est même pas sûr de ne pas avoir raté une des salles. Il est clair que l'orientation n'est pas intuitive ici. On se retrouve dans des couloirs, on descend des marches et tiens, une porte, si on la prenait ?

Et voilà comment nous nous retrouvons brusquement en pleine lumière, dans la galerie d'architecture moderne et contemporaine. Un choc. Un peu comme quand on sort d'une salle sombre de cinéma, et qu'on se retrouve au hasard des sorties sur le trottoir en plein soleil.

Une infinité de maquettes, tous styles, toutes matières. C'est là aussi que l'orgueil humain s'exprime, pour le meilleur et pour le pire. À voir ces constructions gigantesques pour loger les gens je ne peux m'empêcher de penser qu'il va falloir mettre un frein à l'explosion démographique ; car quelque soit la taille, la place finit par manquer, tout comme les ressources. Et toutes ces constructions "conceptuelles", qui semblent avoir perdu leur but premier d'héberger, comme nous le rappellent ces barres HLM des années 70, finalement invivables.

Nous décidons de quitter le musée. Mais voilà qu'en suivant la sortie, on se retrouve dans la galerie des moulages ! Là aussi, tout nous arrive en bloc. Il s'agit de pans entiers d'édifices à l'échelle 1, datant de l'art roman au XVIIIe siècle. Pourtant je ne me suis pas transformée en experte de l'architecture !

Mais qu'est-ce qui nous différencie de ces journalistes présents lors de l'inauguration du musée pour encenser ce qui est pour eux un temple du savoir. Nous manque-t-il le cocktail de bienvenue certainement euphorisant ? Est-ce la présence du président Monsieur Sarkozy qui les a tout émoustillés ? Ou tout simplement ont-ils eu le droit à une visite guidée ?

Je pense qu'effectivement il manque à ce musée un parcours, une mise en scène, comme il en existait au feu Musée des Arts et traditions populaires par exemple. Aujourd'hui, ce musée est plus un support pour une visite guidée d'un conférencier qu'un lieu de vulgarisation sur l'architecture. Avec ou sans cocktail.

 

Laurence Waki - octobre 2007


À vous de voir :

http://www.citechaillot.fr/musee2/visite_virtuelle.php